Hasselblad, Zeiss, Leica, ARRI : ce que cachent vraiment les partenariats photo de nos smartphones

Montage des rendus officiels des quatre téléphones, vus de dos et de face : l’Oppo Find X10 Pro Max blanc, le Xiaomi 18 Pro Max bleu avec son écran arrière, le Vivo X500 Pro Max orange à grand module photo rond et le Honor Magic 9 Pro Max noir marqué ARRI

Sur le dos de nos smartphones haut de gamme, les logos de prestige se succèdent : un discret lettrage rouge Leica, une signature bleue Zeiss, le paraphe cursif de Hasselblad ou, plus récemment, le blason cinématographique d’ARRI. Pour les amateurs de photographie et de cinéma, ces noms évoquent des décennies d’excellence optique, des boîtiers moyen format légendaires et des caméras ayant façonné les plus grands chefs-d’œuvre d’Hollywood.

Pourtant, une question légitime revient chez les consommateurs : que font réellement ces géants de l’image dans nos téléphones portables ? S’agit-il d’un simple coup de tampon marketing destiné à justifier une facture dépassant les mille euros, ou assiste-t-on à une véritable collaboration d’ingénierie ?

La réalité s’avère bien plus nuancée qu’un simple choix binaire. Alors que certaines marques limitent leur intervention à l’étalonnage colorimétrique et aux filtres logiciels, d’autres co-développent des éléments optiques de haute précision, conçoivent des accessoires dédiés ou intègrent des chaînes de traitement vidéo professionnelles. Si vous envisagez d’acquérir un smartphone porte-étendard sous Android au-delà des éternels catalogues de Samsung ou Google, voici une immersion détaillée au cœur de ces alliances industrielles.

1. Hasselblad et Oppo : de la colorimétrie logicielle aux systèmes matériels complets

Les trois coloris officiels de l'Oppo Find X10 Pro Max — orange chaud, blanc lunaire et titane clair — vus de dos et de face, avec le carré photo à trois objectifs
L’Oppo Find X10 Pro Max et son module photo Hasselblad (visuel Oppo).

Qui est Hasselblad ? Fondée en Suède en 1941, Hasselblad est une légende de la photographie professionnelle, célèbre pour avoir immortalisé les premiers pas de l’Homme sur la Lune lors des missions Apollo. Loin de l’univers mobile, l’entreprise conçoit des appareils moyen format d’exception et des optiques très haut de gamme. Réputés pour leur colorimétrie naturelle (HNCS) et leur piqué remarquable, ses systèmes équipent principalement les photographes de studio, de mode, d’art et de paysage en quête de perfection technique.

L’histoire moderne de Hasselblad dans la téléphonie mobile a véritablement décollé avec la série OnePlus 9 en mars 2021. À l’époque, la marque chinoise avait scellé un partenariat de co-développement de trois ans avec le légendaire fabricant suédois de moyen format. Avant cet accord, la seule incursion de Hasselblad dans l’univers mobile remontait à 2016 avec le Hasselblad True Zoom, un module magnétique « Moto Mod » apportant un zoom optique 10x à la gamme Moto Z de Motorola.

Sur le OnePlus 9 Pro, l’empreinte de Hasselblad s’est concentrée sur la science des couleurs et l’expérience utilisateur. Le laboratoire a mis au point le Natural Color Calibration (calibrage naturel des couleurs), fruit de tests approfondis et d’ajustements minutieux sur des centaines de scènes réelles afin de dompter la photographie computationnelle. L’application photo s’est également enrichie d’un mode Pro inspiré du logiciel de studio Phocus, intégrant notamment la capture en format RAW 12 bits pour préserver une plage dynamique maximale.

En 2022, Oppo est entrée dans l’équation. La maison mère a étendu l’accord à l’ensemble du groupe, faisant profiter sa gamme phare Find X de l’expertise suédoise, à commencer par le Find X5.

Tandis que le cycle chez OnePlus touchait à sa fin — le OnePlus 13 marquant la dernière itération frappée du logo suédois avant que le OnePlus 15 ne bascule sur le moteur propriétaire DetailMax Engine —, Oppo a consolidé ses liens. En juillet 2025, lors d’un événement organisé à Göteborg en Suède, les deux entreprises ont renouvelé leur alliance pour concevoir un système d’imagerie mobile inédit.

Ce travail conjoint a trouvé son aboutissement dans la série Oppo Find X10.

  • Le Find X10 standard embarque deux modules de 200 mégapixels co-développés avec Hasselblad, associés à une batterie colossale de 8 000 mAh.
  • Le fleuron Find X10 Pro Max pousse l’ambition encore plus loin : ses trois modules dorsaux (grand-angle, ultra grand-angle et téléobjectif) sont équipés de capteurs de 200 mégapixels, une configuration inédite sur le marché.
  • Ces trois modules arrière autorisent l’enregistrement vidéo en 4K à 120 images par seconde et en 8K à 30 images par seconde.
  • Côté matériel, la série inaugure le kit d’accessoires optiques Hasselblad Teleconverter Kit et arbore un liseré orange mat distinctif autour de son imposant bloc photo circulaire.

Hasselblad est ainsi passé d’un simple rôle de consultant en étalonnage colorimétrique à celui de partenaire industriel intégrant des blocs optiques complets et des accessoires sur mesure.

2. Zeiss : l’obsession de l’optique, des verres et du traitement T*

Affiche officielle Vivo : le X500 Pro Max en argent et en orange, à côté d'une poignée photo professionnelle équipée d'un extendeur 400 mm
Le Vivo X500 Pro Max et son téléconvertisseur Zeiss (visuel Vivo).

Qui est Zeiss ? Fondé en Allemagne en 1846, Carl Zeiss est un géant mondial de l’optique de pointe et de l’optoélectronique. La photographie n’est qu’une infime facette de son activité : Zeiss conçoit notamment les optiques ultra-complexes pour la lithographie des microprocesseurs, des microscopes chirurgicaux, des appareils de diagnostic ophtalmique, des verres de lunettes et des objectifs de cinéma réputés. C’est un acteur technologique stratégique au cœur de l’industrie moderne, de la science et de la médecine.

De tous les opticiens présents sur le marché des smartphones, Zeiss possède l’histoire la plus longue et la plus riche. Dès le milieu des années 2000, le blason bleu habillait les photophones mythiques de Nokia (comme le N95 ou le PureView 808), avant de revenir sur les smartphones Android conçus par HMD Global. Cette idylle historique s’est achevée à l’amiable en 2021 avec le Nokia XR20, officialisant la fin du contrat à l’été 2022.

Entre-temps, Zeiss s’était déjà tourné vers d’autres horizons. Dès 2020, la firme allemande a noué un accord technique avec Sony pour ses Xperia 1 II, apportant son célèbre traitement antireflet Zeiss T* pour juguler les aberrations chromatiques et les reflets parasites (lens flare).

Mais c’est auprès de Vivo, dès décembre 2020, que Zeiss a déployé ses efforts les plus poussés. Les deux groupes ont fondé le Vivo ZEISS Imaging Lab, un centre conjoint de recherche et développement visant à concevoir les composants optiques des modèles haut de gamme de la marque.

Inaugurée avec la série Vivo X60, cette collaboration a d’abord mis en avant le revêtement optique T* et des simulations de flou d’arrière-plan (bokeh) emblématiques, tel le profil tourbillonnant du célèbre objectif Biotar.

Au fil des générations, Vivo et Zeiss ont franchi un palier matériel majeur :

  • Le Vivo X300 Ultra propose une configuration sans concession : un capteur principal de 200 Mpx (focale équivalente 35 mm, très prisée des photojournalistes), un téléobjectif périscopique de 200 Mpx (85 mm, idéal pour le portrait) et un ultra grand-angle de 50 Mpx (14 mm), avec enregistrement 4K à 120 i/s.
  • Pour franchir les limites physiques imposées par l’épaisseur d’un smartphone, Zeiss et Vivo commercialisent des téléconvertisseurs optiques amovibles de 200 mm et 400 mm venant se clipser directement sur l’appareil. La version 400 mm repose sur une véritable formule optique complexe à 15 lentilles.
  • La série Vivo X500 poursuit cette trajectoire : le fleuron X500 Pro Max intègre un téléobjectif de 200 Mpx bénéficiant de la certification optique Zeiss APO (apochromatique, réduisant quasi totalement les franges colorées) et accueille la deuxième génération du téléconvertisseur Gen 2 Ultra 400mm.

L’approche de Zeiss repose donc sur ce qui a fait sa renommée mondiale : la pureté de la lumière, les verres traités chimiquement et la mécanique des lentilles.

3. Leica et Xiaomi : la co-création stratégique et la signature argentique

Affiche officielle de Xiaomi pour la série 18 Pro : vue en transparence du bloc photo avec le capteur principal et le périscope, sous le titre en chinois « système Leica double 200 Mpx », capteur principal 1/1,28″ et périscope 1/1,56″ sur les deux tailles
Le système photo Leica du Xiaomi 18 Pro (visuel Xiaomi).

Qui est Leica ? Fondée à Wetzlar en Allemagne, Leica a révolutionné la photographie au XXᵉ siècle en inventant le format 35 mm (24×36). Référence absolue du photojournalisme et de la photo de rue grâce à ses mythiques boîtiers télémétriques de la série M, la marque se distingue par une fabrication artisanale d’exception, un design épuré et un rendu argentique inimitable. Au-delà des boîtiers de prestige, Leica fabrique également des instruments d’optique sportive, comme des jumelles de haute précision.

Leica a initié l’engouement moderne pour les collaborations photographiques sur smartphone en 2016, lors de son association retentissante avec Huawei sur le Huawei P9. Équipé d’un double capteur novateur (l’un RVB, l’autre monochrome natif), l’appareil a ouvert la voie à des références historiques du genre (P20 Pro, P30 Pro). Ce partenariat a pris fin en mars 2022 avec la série P50.

Deux mois plus tard, en mai 2022, Xiaomi officialisait sa reprise du flambeau auprès de la manufacture de Wetzlar. Dès la série Xiaomi 12S, Leica a imprimé sa patte en introduisant deux rendus colorimétriques matériels et logiciels devenus incontournables :

  1. Leica Authentic : un rendu contrasté, privilégiant des noirs profonds, des vignettages naturels et refusant l’exposition artificielle des ombres propre aux algorithmes HDR agressifs.
  2. Leica Vibrant : un traitement plus chaleureux et lumineux, adapté aux standards modernes des réseaux sociaux, tout en évitant la sursaturation.

Aujourd’hui, Xiaomi ne parle plus d’un simple parrainage mais d’un modèle de « co-création stratégique », où les ingénieurs opticiens de Leica interviennent dès l’ébauche de l’architecture interne des téléphones.

Le Xiaomi 17 Ultra illustre cette fusion technologique :

  • Son capteur principal adopte le format géant de 1 pouce (Light Fusion 1050L de 50 Mpx), équipé de la technologie LOFIC (condensateur d’intégration à débordement latéral), garantissant une plage dynamique étendue pour préserver les hautes lumières extrêmes, associé à une ouverture lumineuse f/1,67 (équivalent 23 mm).
  • Son téléobjectif périscopique de 200 Mpx utilise une lentille certifiée Leica APO avec une véritable plage de zoom optique continu entre 75 mm et 100 mm (f/2,39 à f/2,96).
  • L’ultra grand-angle de 50 Mpx assure quant à lui des prises de vue macro dès 5 centimètres.

Pour séduire les puristes, Xiaomi a également décliné son modèle en une Leica Edition 17 Ultra. Celle-ci reprend les codes stylistiques des boîtiers allemands : pastille rouge, pourtour moleté et, surtout, une bague mécanique rotative intégrée (Master Zoom Ring) permettant de piloter physiquement la longueur focale, l’ouverture ou la balance des blancs. Elle inclut en outre le mode exclusif Leica Moment, émulant la signature chromatique brute du mythique appareil télémétrique Leica M9.

La collaboration s’est déjà projetée sur la génération suivante, avec les Xiaomi 18 Pro et 18 Pro Max, équipés de capteurs principaux de 200 Mpx et de téléobjectifs 3,2x certifiés Leica.

4. ARRI et Honor : le saut quantique vers l’étalonnage cinématographique

Visuel officiel Honor : gros plan sur le module photo signé ARRI de la série Magic 9
Le module photo ARRI du Honor Magic 9 Pro Max (visuel Honor).

Qui est ARRI ? Créée à Munich en 1917, Arnold & Richter Cine Technik (ARRI) est la référence incontestée de l’industrie cinématographique mondiale. L’entreprise ne s’adresse pas au grand public : elle conçoit et fabrique les caméras numériques (notamment la gamme ARRI Alexa), les objectifs de cinéma et les systèmes d’éclairage (SkyPanel) employés sur la majorité des tournages hollywoodiens. Récompensée par de multiples Oscars techniques, ARRI dicte les standards de la dynamique, des couleurs et de la texture cinématographique.

Si Hasselblad, Zeiss et Leica sont les seigneurs de la photographie fixe, ARRI (Arnold & Richter Cine Technik) est la référence absolue de l’industrie cinématographique mondiale. Ses caméras numériques ALEXA tournent la majorité des longs-métrages primés aux Oscars.

Jusqu’alors absente du marché mobile, la firme munichoise a surpris l’industrie en signant avec Honor un partenariat axé sur l’imagerie cinématographique (Cinematic Imaging Partnership). Le premier galop d’essai s’est matérialisé sur le démonstrateur technique Honor Robot Phone en août 2026, avant de débarquer sur un modèle grand public : le Honor Magic9 Pro Max.

L’intégration d’ARRI a nécessité de réécrire les algorithmes pour adapter sa colorimétrie exigeante aux contraintes des micro-capteurs et des processeurs mobiles de traitement du signal (ISP). Le Magic9 Pro Max n’économise pas sur les composants :

  • Un capteur principal de 200 Mpx au format 1/1,28 pouce (f/1,57).
  • Un imposant téléobjectif de 200 Mpx au format 1/1,4 pouce (f/2,6).
  • Un module ultra grand-angle de 50 Mpx.

La véritable révolution se situe dans le Mode Cinéma développé avec ARRI. Le smartphone permet d’enregistrer jusqu’en 4K à 60 images par seconde en LogC3 sur 10 bits, dans l’espace colorimétrique étendu ARRI Wide Gamut 3. Cette courbe gamma plate conserve l’intégralité des détails dans les ombres et les hautes lumières, offrant aux créateurs de contenu une flexibilité d’étalonnage identique à celle des rushes de cinéma.

Pour les utilisateurs ne souhaitant pas étalonner manuellement, le téléphone intègre nativement 14 profils prédéfinis ARRI Looks, complétés par une bibliothèque de 87 styles de gradation chromatique. Même le dessin du bloc photo dorsal s’inspire directement des optiques et corps de caméras ARRIFLEX.

5. Synthèse comparative : qui apporte quoi ?

Chaque partenariat obéit à une logique technique et commerciale bien spécifique. Le tableau ci-dessous résume leurs forces respectives :

Marque partenaireApport technique principalCible privilégiée
Hasselblad
chez Oppo
avant :
Motorola (2016)
OnePlus (2021–2025)
Calibrage colorimétrique naturel, ergonomie du mode Pro (Phocus), téléconvertisseurs dédiés, architectures multi-capteurs 200 Mpx.Amateurs de portraits doux, de fidélité des tons chair et de paysages équilibrés.
Zeiss
chez Vivo et Sony
avant :
Nokia / HMD (2005–2021)
Traitement de surface antireflet T*, verres apochromatiques (APO), formules optiques externes additionnelles (téléconvertisseurs 400 mm).Passionnés de téléobjectif, de netteté chirurgicale et de photos de nuit sans reflets parasites.
Leica
chez Xiaomi
avant :
Huawei (2016–2022)
Conception optique avancée (APO, LOFIC), profils d’image marqués (Authentic / Vibrant), contrôles mécaniques dédiés (Master Zoom Ring).Amateurs de photo de rue, adeptes du noir et blanc contrasté et du rendu argentique classique.
ARRI
chez Honor
première incursion
Espace colorimétrique ARRI Wide Gamut 3, courbe logarithmique LogC3 10 bits, profils d’étalonnage ARRI Looks.Vidéastes indépendants, créateurs exigeants et monteurs vidéo en quête d’étalonnage avancé.

6. Guide d’achat : comment choisir selon vos besoins réels ?

Pour un utilisateur en quête de son prochain smartphone haut de gamme, apercevoir un logo prestigieux ne suffit pas à garantir que les clichés répondront à ses attentes. Ce qui compte n’est pas le prestige de l’écusson, mais la nature exacte de l’intervention technique :

  1. Si votre priorité est la pureté optique et les longues focales : Les propositions de Vivo et Zeiss (comme le X300 Ultra ou le X500 Pro Max) demeurent inégalées dans la gestion des lumières parasites nocturnes grâce au revêtement T*. L’existence d’accessoires de longue focale à 15 lentilles comblera les amateurs de faune ou de sport.
  2. Si vous cherchez une identité visuelle marquée en photo de rue : L’approche de Xiaomi et Leica (série 17 Ultra) s’adresse à ceux qui refusent les photos numériques trop artificielles ou lissées par l’intelligence artificielle. Le profil Leica Authentic délivre une ambiance dramatique et organique que peu d’algorithmes parviennent à émuler sans retouche.
  3. Si vous accordez une importance capitale à la fidélité des teintes : La démarche d’Oppo et Hasselblad séduira les amateurs de reproduction exacte des couleurs de peau et de paysages aux contrastes mesurés, sans saturation outrancière.
  4. Si la captation vidéo professionnelle dicte votre choix : L’intégration de la science d’ARRI par Honor constitue le premier véritable pont entre le format de poche et les flux de post-production cinématographiques. Travailler en LogC3 10 bits transforme le smartphone en un monstre de captation vidéo capable d’intégrer des projets professionnels aux côtés de caméras dédiées.

Loin d’être de simples gadgets promotionnels, ces partenariats photo ont atteint en 2026 une maturité technique remarquable. En passant de simples accords de licence à une co-ingénierie touchant les verres, les capteurs et les flux de travail numériques, ces alliances poussent la photographie computationnelle vers de nouveaux sommets.

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